Culture
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De l'écran à la scène, les variations d'un film de Jean-Luc Godard

Avec Masculin Féminin Variations, c'est avec beaucoup de fraîcheur que Laurent Pelly et Agathe Mélinand revisitent les thèmes du film éponyme de Godard, nous en proposant une version théâtrale pour notre plus grand plaisir.

(c) Polo Garat Odessa

« Un état des lieux  »

Il est 20 heures, la salle de l'amphithéâtre du TNT est plongée dans le noir. Sur le plateau, de multiples écrans nous lancent une succession d'images. Tour à tour, nous sommes en 1965 et en 2015. Lorsque la lumière se rallume, ce sont les sept jeunes comédiens de L'Atelier,  une structure d'insertion professionnelle pour jeunes comédiens, que nous découvrons sur scène.

« Un état des lieux », c'est ainsi qu'Agathe Mélinand, qui signe les variations théâtrales du film Masculin Feminin de Godard, définit ce spectacle. Si Godard se demandait ce que c'était que d'avoir 21 ans en 1965, cette pièce nous en propose une actualisation, menant l'enquête pour notre époque. La guerre, la crise économique, l'amour, l'hyper et la cyber-sexualisation, la musique, le travail, tout y est abordé. Véritable documentaire social, ce n'est pas sans poésie que ce spectacle nous donne à voir la jeunesse d'aujourd'hui, faisant constamment le parallèle avec celle de Godard. Les enfants de Marx et Coca rencontrent ceux de Charlie Hebdo.

Théâtralité efficace

A la fois écrans, mur, porte ou comptoir de bar, le plateau regorge de panneaux de toutes tailles,  manipulés par les comédiens qui réinventent ainsi constamment leur espace de jeu. A l'image de  notre monde, la scène est un espace vivant et dynamique, en changement perpétuel.  

Il est intéressant de constater le travail de cette mise en scène autour des différentes notions d'espaces. Grâce à une belle exploitation des techniques de son et de lumière, nous pouvons avoir la sensation d'être dans un café plein ou dans une rue animée lorsqu'il n'y a pourtant que deux acteurs sur le plateau. A l'inverse, l'intimité d'un flirt se voit mise en branle par un quatrième mur brisé au moment opportun. Une théâtralité efficace, un spectaculaire sans faille qui n'a rien à envier au cinéma. 

(c) Polo Garat Odessa

Appel à l'être au monde

Brouillant les pistes de l'en et le hors-scène, les comédiens nous rappellent constamment que ce que nous voyons relève du réel, pas de la fiction, et que nous sommes au théâtre pour parler du monde et non pour le fuir. Les adresses ne sont ainsi pas toujours claires, lorsqu'un acteur discute avec un partenaire, fixant cependant son regard sur le public, est-on bien certain du destinataire des propos ? Mieux encore, lorsque la salle se rallume en plein spectacle, qu'un personnage s'avance en bord de scène s'adressant directement à l'assemblée, assumant ainsi sa présence, la théâtralité prend alors toute la couleur d'un discours politique.

Mais le plus beau coup de théâtre de cette mise en scène qui s'attelle avec soin à briser son quatrième mur, reste un miroir géant mobile, placé et déplacé derrière les acteurs. Ainsi, à plusieurs reprises, nous pouvons apercevoir notre reflet et celui de toutes les personnes présentes autour de nous, alors même que la pièce est en cours, nous considérant ainsi comme faisant partie intégrante du spectacle. Le spectacle, c'est 2015, et nous faisons partie de 2015. De ce fait, nous ne devons pas nous accorder une place d'observateur passif. Ce spectacle est un appel à l'existence au monde, à l'être au monde, et si le monde est un théâtre, nous avons le devoir de tous en être acteurs.

(c) Polo Garat Odessa

En travaillant sur ces nombreux codes qu'offre le théâtre, les metteurs en scène nous rappellent notre mission collective d'être les acteurs du monde, en tant que membres d'une assemblée universelle, engagée, et ce quel que soit notre âge, notre sexe ou notre situation.

MASCULIN FEMININ – VARIATIONS
De Laurent PELLY, et Agathe MELINAND,
D'après un film de Jean-Luc Godard
Au Théâtre National de Toulouse du 6 au 24 Octobre puis en tournée.